(de notre correspondante Michelle Bouak)
Le Centre d’Art Caumont, qui occupe un des plus beaux hôtels particuliers du XVIIIe siècle d’Aix-en-Provence, présente une exposition inédite sur le peintre Alfred Sisley, « le plus méconnu et peut-être le plus pur des impressionnistes » comme le disait Françoise Cachin, grande figure des musées de France et de l’histoire de l’art, à l’occasion de la rétrospective organisée au musée d’Orsay en 1992.
De fait, quand on parle du mouvement impressionniste, viennent à l’esprit les noms de Monet, Renoir, Pissarro, Bazille, Manet, Degas… rarement celui de Sisley qui a été boudé de son vivant par la plupart des critiques d’art et des collectionneurs. Par une ironie du sort, ses toiles prirent un certain prestige à peine disparu.
Membre du groupe initial impressionniste avec Monet, Renoir, Pissarro et Bazille, Sisley s’est voué entièrement à la peinture de paysages, son unique sujet. Inspiré par Corot, les peintres de l’Ecole de Barbizon et probablement John Constable, Sisley peignait les paysages sur le motif et procédait à un repérage visuel systématique des lieux qu’il peignait pour se constituer un ensemble cohérent de plans. Il notait aussi les différences entre les scènes au gré des changements de lumière, de temps et de saison.
De nature réservée, il a montré moins d’inventivité dans sa recherche que Monet, Degas, Renoir et Pissarro qui s’engageront chacun à sa façon dans de nouvelles voies, faisant la part belle au travail dans l’atelier. Sisley, quant à lui, restera sa vie durant le représentant le plus fidèle aux principes fondateurs de ce mouvement, à savoir la pratique d’une peinture de plein air, s’attachant à rendre la sensation éprouvée sur le motif.
Au fil de son parcours artistique que l’exposition explore de façon chronologique – Marly-Louveciennes, Sèvres, Moret-sur-Loing…-, Sisley peint inlassablement les mêmes paysages sous tous les angles, captant avec beaucoup de talent les effets de la lumière sur l’eau, l’éclat du soleil d’hiver sur la neige et le givre, les mouvements des arbres sous le vent, sans oublier les ciels d’une importance toute particulière pour l’artiste qui commençait « toujours une toile par le ciel ».
Laissons le soin à Stéphane Mallarmé de conclure : « Sisley fixe les moments fugitifs de la journée, observe un nuage qui passe et semble le peindre en vol. Sur sa toile, l’air vif se déplace et les feuilles encore frissonnent et tremblent. Il aime les peindre surtout au printemps, quand les jeunes feuilles sur les branches légères poussent à l’envi, quand, rouges d’or, vert roussi, les dernières tombent en automne, car espace et lumière ne font alors qu’un, et la brise agite le feuillage, l’empêche de devenir une masse opaque, trop lourde pour donner l’impression d’agitation et de vie ». (« The Impressionnists and Edouard Manet », The Art MonthlyReview, 30 septembre 1876)

Sisley l’impressionniste
10 juin – 15 octobre 2017
Hôtel de Caumont, Aix-en-Provence
http://www.caumont-centredart.com

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