Miró, ou la lumière poétique d’un créateur hors pair

(de notre correspondante Michelle Bouak)
La rétrospective du Grand Palais dédiée au grand maître catalan souligne les
périodes charnières de son oeuvre de façon chronologique, soit près de sept
décennies de création en perpétuels mouvements et métamorphoses. Quelque 150
oeuvres essentielles (peintures et dessins, céramiques et sculptures, livres
illustrés) venues de musées européens et américains ainsi que de collections
privées jalonnent les salles du Grand Palais sur deux étages dans une
scénographie rappelant l’univers méditerranéen de Miró. Jean-Louis Prat, ancien
directeur de la Fondation Maeght, historien de l’art et ami de l’artiste, est le maître
d’oeuvre de cette grande rétrospective.
L’oeuvre de Miró, qui irradie de sa puissance et de sa poésie tout l’art du XXe
siècle, semble être le fruit naturel d’une aisance spontanée. Et pourtant, cette
oeuvre a été conquise pas à pas au prix de maintes difficultés. Miró voit le jour à
Barcelone en 1893. Ce fils d’orfèvre, petit-fils d’ébéniste, est élevé dans la
discipline des artisans. Il doit faire face à son père pour qui « artiste » n’est pas un
métier digne de ce nom. De plus, le jeune Miró est gauche en dessin, d’où un
apprentissage académique laborieux et long : « Cela m’a poussé à avoir de la
révolte pour m’exprimer. La facilité aurait peut-être amoindri cette violence. » dira-til plus tard. Miró adulte reste en lutte perpétuelle contre les difficultés qu’il rencontre et contre lui-même. « Sous mon apparence tranquille, je suis tourmenté » dira Miró.
Les succès remportés au fil du temps l’amèneront, chaque fois, à faire retraite et,
chaque fois, à tout recommencer à zéro. Farouchement indépendant, il affirme la
puissance du geste créateur vers toujours plus de liberté, en opposition à tout
mouvement ou toute théorie.
Les périodes fécondes de l’artiste mettent en évidence les questionnements de
l’artiste, ses recherches ainsi que sa palette de couleurs toujours au service d’un
vocabulaire de formes inusitées et nouvelles. Riche de multiples inventions, c’est
dans un parcours poétique que l’on découvre le langage résolument neuf que n’a
eu de cesse de développer Miró. Son art prend source dans la vitalité du quotidien
pour s’épanouir dans un monde jusqu’alors méconnu où les rêves du créateur
occupent une place privilégiée. « Il me faut un point de départ, explique Miró, ne
serait-ce qu’un grain de poussière ou un éclat de lumière. Cette forme me procure
une série de choses, une chose faisant naître une autre chose. Ainsi un bout de fil
peut-il me déclencher un monde. »
Se premiers travaux sont ceux, selon sa propre expression d’un « fauve catalan »
qui se cherche. Ses sujets sont essentiellement tirés de Mont-roig, au sud de
Barcelone, là où il a ses racines et où il se sent « comme un végétal ». L’échec de
sa première exposition à Barcelone en 1918 lui fait reprendre le chemin de Montroig
où il s’éloigne du fauvisme et où il privilégie l’infiniment petit et le détail : « La
ferme » (1921-1922) – « Autoportrait » (1919).
Puis, commence la conquête de la Ville Lumière où il fait connaissance de poètes
et d’écrivains, tels Antonin Artaud, Raymond Queneau, puis Louis Aragon et André
Breton avec qui il tisse des liens d’amitié. Il entretiendra également une longue
amitié avec son compatriote Pablo Picasso qui sera nourrie d’un profond respect
pour leur travail respectif. La poétique surréaliste joue alors un rôle essentiel dans
son expression artistique. Les éléments du réel se métamorphosent désormais en
systèmes de signes fantastiques, de formes variées, tel l’univers halluciné à la
Jérôme Bosch du tableau : « Le carnaval d’Arlequin » (1924-1925). Toute une
symbolique entre rêve et écriture, en quête de l’infini, dans la peinture-poème
« Photo : ceci est la couleur de mes rêves » (1925) qui donne son sous-titre à
l’exposition. Miró réinvente la peinture et fait naître des êtres, des animaux, des
insectes racontant la vie d’un monde cosmique : « Chien aboyant à la
lune » (1926).
Avec la montée des fascismes surgissent les « peintures sauvages », les toiles les
plus dramatiques de l’oeuvre de Miró qui se peuplent de monstres difformes aux
grimaces inquiétantes : « Tête d’homme » (1935). Le désarroi de Miró est à son
comble lorsque la guerre civile éclate en Espagne en juillet 1936. Il commence
alors à réaliser des peintures sur masonite d’une grande puissance d’expression
qui sont des « exorcismes violents, instinctifs » aux sombres événements
contemporains.
Mais la barbarie n’a jamais le dernier mot. Le voici qui se remet à célébrer la
femme, l’oiseau, la nuit étoilée… avec la série des oniriques « Constellations ».
L’espoir est toujours présent, par-delà les années, dans ses premières oeuvres
monumentales « Bleu I », « Bleu II » et « Bleu III » créées en 1961 dans son atelier
de Palma de Majorque. Les trois « Bleus » sont une synthèse de toutes les
expériences que l’artiste a menées, « l’aboutissement », comme il le dit lui-même,
de tout ce qu’il a essayé de faire : « J’ai mis beaucoup de temps à les faire. Pas à
les peindre, mais à les médite. Il m’a fallu un énorme effort, une très grande tension intérieure, pour arriver à un dépouillement voulu »
(« Entretien avec Rosamond Bernier », L’oeil, juillet-août 1961).

Exposition Miró
Grand Palais (3 octobre 2018 – 4 février 2019)
http://www.grandpalais.fr

https://youtu.be/Fj9WukyktiI

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